Da Le Monde di oggi. Gianroberto Casaleggio, le gourou de Grillo

le monde casaleggio

Qualche giorno fa ho ricevuto una telefonata dal corrispondente in Italia di Le Monde Philippe Ridet. Aveva letto la mia inchiesta del 2010 su Casaleggio pubblicata da Micromega e ci siamo ritrovati a chiaccherare di quello che era avvenuto dopo quella prima uscita. Devo dire che per la prima volta, dopo un sacco di tempo, ho avuto la piacevole sensazione di non essere considerato un alieno. Della questione Grillo/Casaleggio ne sapeva molto di più della stragrande maggioranza dei commentatori e dei cronisti italiani. La cosa non mi ha sorpreso e ho avuto la sensazione che non lo fosse anche lui.

Ecco il pezzo pubblicato oggi. E che trovate in versione originale anche qui:

Et à la fin, il est monté sur scène. Le 22 février, place San Giovanni à Rome, Gianroberto Casaleggio, 58 ans, est apparu pour la première fois aux centaines de milliers de personnes venues écouter Beppe Grillo. Lunettes rondes, cheveux longs et gris, une étrange ressemblance avec la chanteuse Patti Smith, le cofondateur du Mouvement 5 étoiles (M5S), connu jusque-là des seuls encartés, n’a prononcé qu’une phrase : “Nous allons changer l’Italie.” Trois jours plus tard, au terme du scrutin, la prophétie se réalisait. Cette formation sans chef, sans structure ni siège, créée trois années seulement auparavant sur Internet, est devenue le premier parti d’Italie en termes de voix à l’issue des élections parlementaires des 24 et 25 février. Depuis, Gianroberto Casaleggio est retourné dans l’ombre.

On ne le rencontre pas. “Il préfère ne pas accorder d’entretien pour l’instant”, nous a fait savoir, après quatre jours d’attente, son attaché de communication. Alors que la Péninsule est ingouvernable, aucune formation ne disposant d’une majorité à elle seule au Sénat, Gianroberto Casaleggio, dont on guette les avis comme ceux d’un oracle, n’a livré que quelques phrases à John Hooper, journaliste du quotidien britannique The Guardian. Dont celle-ci : “Ce qui se passe ici est le début d’un changement plus radical encore, un changement qui touchera toutes les démocraties.” Une autre prophétie de la part de celui que la presse italienne n’appelle plus désormais que le “gourou de Grillo” ?

Pour savoir qui est Gianroberto Casaleggio, actionnaire-fondateur et président de Casaleggio Associati – une SARL sise dans un élégant quartier de Milan à deux pas de la Scala et spécialisée dans l’édition, la communication et la stratégie en ligne -, ne reste qu’Internet. On y trouve une date et un lieu de naissance assez vagues (Milan, 1954). Après des débuts professionnels chez Olivetti, on retrouve M. Casaleggio à la fin des années 1990 en directeur général de Webegg SA, groupe contrôlé par Telecom Italia, qui vend son expertise en matière d’Internet à des entreprises privées comme à l’administration publique.

SOUTIEN CONSTANT

L’année 2005 voit naître Casaleggio Associati. Parmi les clients de la société : Beppe Grillo, dont le blog (Beppegrillo.it) a été classé parmi les dix sites les plus fréquentés au monde. On y trouve également la maison d’édition Chiarelettere, spécialisée dans la publication d’enquêtes dérangeantes (sur Silvio Berlusconi notamment) et dont le directeur éditorial, Lorenzo Fazio, est également actionnaire et fondateur du quotidien Il Fatto Quotidiano. Créé avec succès il y a trois ans – comme le Mouvement 5 étoiles -, ce journal apporte un soutien constant et très modérément critique à la formation de Beppe Grillo.

Le journaliste Pietro Orsatti a cherché à en savoir plus. Dans un article paru en juillet 2010 dans la revue Micromega, il révèle que Casaleggio Associati compte, parmi ses quatre actionnaires, Enrico Sassoon, ancien éditorialiste du quotidien Il Sole 24 Ore (propriété de la Confindustria, le Medef italien), que Gianroberto Casaleggio a rencontré chez Webegg. Sassoon, membre des très fermés cercles Bilderberg et Aspen Institute, a également présidé la chambre de commerce américaine en Italie, un lobby spécialisé dans le rapprochement d’entreprises. “En 2004, écrit Orsatti, à quelques mois de sa naissance, Casaleggio Associati annonce la création d’un partenariat avec la société américaine de management Enamics.” Parmi les clients d’Enamics, on trouve d’anciens clients d’Enrico Sassoon (Microsoft, Coca-Cola, Disney) auxquels il convient d’ajouter, entre autres, les banques Rockefeller et Barclays, le Trésor américain et le pétrolier Shell.

Le “gourou de Grillo” n’a pas réagi à la publication de l’article de Pietro Orsatti. “On a commencé à parler de mon article seulement après que le M5S a remporté la mairie de Parme [en 2012], explique le journaliste. En revanche, j’ai reçu des menaces de mort sur mon blog. Quiconque se dresse devant les intérêts de Casaleggio est systématiquement attaqué.”

L’intéressé ne s’est pas expliqué sur la nature de ses activités. Structure capitalistique de la société ? Revenus ? Train de vie ? Le néant ou presque. Etrange, pour un adepte de la transparence et du contrôle des élus par les électeurs ; curieux, pour un anticapitaliste qui soutient l’idée qu’aucun dirigeant d’entreprise ne peut gagner en un mois plus de douze fois ce que touche un employé en un an ; saugrenu, pour un thuriféraire de la semaine de travail de vingt heures payées quarante.

GRILLON ET CRÉPUSCULE

Pour approcher la pensée de Gianroberto Casaleggio, il faut lire, stylo en main, Il grillo canta sempre al tramonto (“le grillon chante toujours au crépuscule”, Chiarelettere, 2013, 208 p., non traduit). Se présentant comme un dialogue politico-philosophique (conduit par Lorenzo Fazio) entre Beppe Grillo, Gianroberto Casaleggio et le Prix Nobel de littérature Dario Fo, inconditionnel des deux premiers, ce livre a déjà été vendu à plus de 40 000 exemplaires.

Aussi verbeux que grandiloquent, Dario Fo multiplie les références à la Grèce antique, au Moyen Age lombard, à la Renaissance, comme si le M5S était le dernier avatar des grands pas de l’humanité. Beppe Grillo polit ses formules. Gianroberto Casaleggio, lui, se réserve les explications stratégiques et dévoile son monde idéal. A la page 68, on peut lire ceci qui paraît le résumer : “Un jour, j’ai rencontré un ami architecte sur le site Second Life [un univers virtuel en ligne]. Je lui avais demandé de me construire un palais. Nous nous sommes salués à travers nos identités digitales et avons inspecté le palais. Après quelques minutes, je ne m’apercevais même plus que j’étais dans un monde imaginaire.”

Page 66 : “Dans quelques années, nous pourrons interagir avec les objets. La tasse dans laquelle je bois mon café pourra m’indiquer la quantité de sucre que j’y mets, la marque du café et où elle a été fabriquée. Cette tasse sera reliée à Internet et donc tout le monde pourra savoir que j’ai déjà bu, dans quel endroit, la marque de ma mouture, et la quantité de sucre que j’y ai ajouté.”

Lecteur des romans sur la Table ronde, des chevauchées de Gengis Khan et de l’univers de Tolkien, Gianroberto Casaleggio a déjà eu l’occasion d’exprimer son caractère visionnaire, dans deux vidéos mises en ligne sur le site de Casaleggio Associati. La première pronostique pour 2040 la fin des médias traditionnels et du copyright, et l’arrivée d’un monde virtuel où “l’achat de mémoire” sera une activité courante. La seconde évoque l’avènement de la “civilisation de Gaïa” et l’élection par Internet d’un président de la République mondial, après une guerre qui aura causé la mort de 6 milliards de personnes. Il faudra attendre 2050. On peut sourire.

DEUX CHAISES

En revanche, sa connaissance des mécanismes de contrôle de la Toile et des informations qui y circulent est beaucoup moins badine. Une formule : “100 % des informations sur la Toile sont produites par 10 % des utilisateurs.” Ce sont ces 10 %-là qui intéressent à l’évidence Gianroberto Casaleggio. Ainsi, les commentaires désobligeants ou critiques sur le blog de Beppe Grillo sont systématiquement écartés, alors que les “grillinautes” postent leurs notes un peu partout sur le réseau. L’Italie se distingue par son retard pour l’accès d’Internet à haut débit, mais le gourou n’en a cure (page 37) : “Qui reçoit un message politique sur Internet le reçoit de sa propre volonté. Il le retransmet ensuite à ses amis à travers Facebook, à ses parents, à ses frères et soeurs, le soir à table. La propagation virale du message pallie en grande partie les limites de la diffusion d’Internet en Italie.”

Dans le monde rêvé de Gianroberto Casaleggio, les messagers portent la bonne parole du nord au sud de la Péninsule, faisant de nouveaux adeptes. Et bientôt dans le monde entier. Les classes sociales, les religions, les idéologies, les partis politiques et les syndicats auront vite disparu au profit de la “participation horizontale” des citoyens. Il ne restera plus qu’une “communauté”, édictant ses propres règles. Page 11 : “Le mot leader ne veut plus rien dire. L’important, c’est le mouvement et le concept de communauté. Il suffit de penser aux amish. Cette communauté n’est liée à aucun leader (…). La Toile permet l’appartenance à une communauté dès la naissance. Il peut y avoir des communautés de toute nature. Aujourd’hui, M5S est une communauté politique.” Mais, il ajoute, page 36, comme un codicille menaçant : “Dans une communauté, on ne peut aller contre les règles, sinon, il n’y a plus de communauté.”

Certains ont essayé d’aller contre les règles. Une élue du mouvement en a été chassée pour avoir participé à une émission de télévision sans l’accord des chefs. Un autre parce qu’il avait critiqué ouvertement le gourou. Les 163 élus qui, vendredi 15 mars, prendront officiellement leurs fonctions au Parlement ne peuvent s’exprimer librement. Leur communication sera rigoureusement prise en charge, gérée et surveillée par Casaleggio Associati.

Dans l’hebdomadaire L’Espresso du 14 mars, Marco Morosini, un scientifique proche du M5S, décrit ainsi sa structure : “Sur la première marche, il y a les 8,5 millions d’électeurs qui ont voté pour le mouvement, sur la deuxième, le million d’internautes fréquentant le blog de Beppe Grillo, sur la troisième, les 250 000 inscrits du parti, sur la quatrième, les 40 000 qui ont pris part au vote pour désigner les candidats du M5S, sur la cinquième, les 163 élus, et enfin, au dernier étage, il y a deux chaises.” L’une est pour Beppe Grillo, l’autre pour Gianroberto Casaleggio.

Philippe Ridet – Rome Correspondant

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